La Via Alpina, c’est un itinéraire mythique qui parcours les Alpes de Monaco à Trieste. Nous avons mis quatre mois pour relier les huit pays qui la composent en traversant tout l’arc Alpin, et on peut dire que l’épreuve est rude. Ce défi, c’est une aventure de cent trente huit jours éprouvants et merveilleux durant lesquels les paysages et les cultures évoluent et les corps souffrent.
Durant ces quatres mois, nous avons exploré les montagnes, dormi dans des cabanes et des refuges incroyables, nous avons surtout beaucoup marché, découvert de nombreuses via ferratas, et nous avons souvent pratiqué l’escalade en gravissant à mains nues des parois vertigineuses (en couennes et en grandes voies). Toutes ces choses, nous les avons faites en les photographiant, en les filmant quotidiennement et en documentant toute notre traversée en la partageant sur nos réseaux sociaux.
Nous aimons penser que notre aventure rejoint la traversée des Alpes réalisée par Patrick Berhault plus de 25 ans avant nous, qui à donné le film « La Cordée de Rêve« . Il réalisait la traversée des Alpes en grimpant 22 sommets parmi les plus prestigieux de l’arc Alpin.
Sommaire
Les différents itinéraires de la Via Alpina
Lorsque nous nous sommes intéressés à la Via Alpina, nous avons vite découvert qu’il existait une multitude de tracés classés par couleurs. Si aujourd’hui, le tracé officiel de la Via Alpina ne comporte plus de variantes, de nombreuses personnes décident de parcourir les anciens tracés. Aussi, nombreux sont ceux qui ignorent que la Via Alpina ne parcourt pas uniquement la Suisse, et que le tracé traverse l’entièreté des Alpes, il faut dire que la partie Suisse est très connue à juste titre : c’est notre partie préférée !
Dans quel sens faire la Via Alpina ?
Si le sens du tracé communément admis part de la Slovénie pour rejoindre Monaco, nous avons trouvé que cela avait plus de sens, pour nous, de l’envisager dans l’autre direction. Partir vers l’inconnu plutôt qu’en direction de chez soi nous semblait plus motivant sur le long terme. Cela nous permettait de toujours être stimulé par l’exploration puisque nous partons de la maison et nous nous élancions vers l’inconnu. Car la motivation est la clé dans la réussite d’un tracé aussi long, et sans elle, les corps finiraient tôt ou tard par se soumettent aux douleurs provoquées par l’effort et les pas, et il est crucial de se lancer dans une aventure de cette envergure en ayant bien réfléchi au sens qu’on lui porte.
Mais cela avait aussi un coté pratique de commencer par le terrain que nous connaissions le plus : les Alpes Françaises. C’était sécurisant et confortable de se remettre en jambes ici, car c’est le terrain que nous avons le plus arpenté. Ces montagnes, c’est chez nous, elles nous rappellent des souvenirs, on en connaît de nombreux sommets, de nombreuses histoires, on a déjà parcouru tous les massifs, on connaît aussi leurs particularités et leurs caractères. Nous arriverons dans dans la fatigue et dans l’inconnu, entrainés et avides de nouvelles explorations.
Comment parcourons nous la Via Alpina ?
Si on entend beaucoup dire qu’un vrai thru-hiker doit suivre le tracé au maximum quitte à lutter aussi fort que possible contre les éléments, nous ne souhaitions absolument pas rester figés sur l’itinéraire, sous prétexte de réaliser en bonne et due forme notre premier thru-hike. Pour nous, un tracé de cette envergure doit parfois être modifié avec intelligence. Choisir de rester dessus, comme sur un rail, dans l’ambition de ne pas louper un kilomètre de sentier, c’est se priver d’une capacité d’adaptation et de réflexion indispensable à la pratique de la montagne.
En plus de parcourir la majeure partie de la Via Alpina, nous avons fait le choix de gravir des parois, de découvrir d’autres lieux, d’explorer de nombreuses Via Ferratas, des choix qui nous ont forcéments guidés vers des sommets supplémentaires, d’autres refuges et d’autres chemins.
Qu’avons nous emporté sur la Via Alpina?
Durant ces 120 000 mètres de dénivelé positif et les 2000 kilomètres linéaires parcourus, nous avons donc grimpé mais nous avons aussi filmé, photographié, documenté et exploré les Alpes. En plus d’emporter avec nous tout le matériel de base, celui nécessaire pour pratiquer l’escalade, nous avons en plus rajouté tout le matériel pour filmer : trépieds, appareil photo hybride et drône. Tout ce poids en plus, c’était rajouter une énorme difficulté au plus gros challenge de notre vie. Nous avons fait tout un article pour parler de tous le matériel que nous avons emporté sur la Via Alpina.
Quelles sont les sensations au début et à la fin d’une telle aventure ?
Au départ
Le 17 mai 2026, nous avons pris le départ sur la Via Alpina avec notre matériel d’escalade. On comprend qu’on est lancé dans une aventure de plusieurs mois mais nous ne réalisons pas l’ampleur, nous ne sommes pas capables d’imaginer tous les efforts que nous allons produire.
Il y a l’effort physique, mais il y a aussi le mental, il va falloir affronter le froid, la pluie, expérimenter ce matériel qui est tout neuf et qu’on ne connaît qu’à peine, allons nous craquer ? nous blesser ? connaître la faim ou la démotivation ? Nos corps vont-ils s’adapter ? Il s’agit de plein de questions qui resteront sans réponses jusqu’à la fin de l’aventure.
Petit à petit, les tracas du quotidien quittent nos esprits, et au bout de quelques jours, nous sommes totalement plongés dans un quotidien rythmé par les besoins essentiels : avancer, où est le chemin, boire, où trouver de l’eau, manger, où se ravitailler en nourriture, dormir, où s’abriter, et se laver quand on peut. Tout tournera autour de ces quelques questions pendant quatre mois.
A la fin
Passé les trois quarts de l’aventure, nous ressentons un avant gout de l’émotion que nous allons connaître sur la fin. Il est extrêmement dilué mais il s’amplifie jusqu’a atteindre son apogée le jour de la fin. On commence à se projeter sur le jour J, sur ce qu’il y aura après et nous sommes déjà émus rien que d’y penser. Petit à petit on prend le temps de réaliser que tout ce qui rythmait notre vie au quotidien pendant ces longues journées est éphémère. Que cette histoire dans laquelle nous nous sommes tant investis, qui nous a fait vivre et vibrer au quotidien à travers l’effort, l’inconfort et la joie va prendre fin, et que la page va se tourner. Nous avons forcément envie de terminer pour se dire que c’est bon, nous avons réussi, mais on sent que ça va être particulier.
Le dernier jour, la gorge se serre, l’estomac se noue mais nous sommes heureux. C’est une sensation étrange de joie immense, de fierté et de nostalgie. Les émotions sont toutes en nous en même temps, comme si on est content et triste à la fois. C’est un moment incroyable durant lequel nous sommes remplis de dopamine, dopés d’hormones à une intensité que nous n’avions jamais connu auparavant et qu’il est peut être impossible de ressentir sans vivre une telle aventure. Sur notre petit nuage, on rejoint peu à peu la vie réelle, on se prend une grosse baffe quand on réalise que c’est fini.
Notre itinéraire de la Via Alpina

Monaco
C’est le plus petit pays de cette traversée. Nous arrivons en train au beau milieu de ces deux kilomètres carrés de ce pays qui nous transporte dans un environnement qui n’est absolument pas le nôtre. Nous sommes venus chercher un dépaysement dans cette aventure, et là, on a l’impression d’être un indien dans la ville. La ville nous déracine et nous propulse entre les yatchs, les courses de voitures, l’univers du luxe et de l’apparance : tout ce qui contraste avec nos valeurs. Il nous était impossible de ne pas avoir une pensée pour ceux qui arriveraient ici après plusieurs mois passés en pleine nature : quel choc !

La France
C’est l’un des pays le plus long de la Via Alpina. Il figure également sur notre podium avec la Suisse et l’Italie que nous avons tant aimés. C’était celui dont nous connaissions le plus de tronçons de la Via Alpina, pour avoir parcouru de nombreuses grandes randonnées en France.

L’Italie
C’est un pays qui est parcouru sur le tracé de la Via Alpina en réalisant de nombreux crochets. Ce n’est pas une partie d’un seul tenant, mais plusieurs immersions dans les parties montagneuses de ce pays qui sont réalisées tout au long du tracé de la Via Alpina. En plus des Dolomites, ce pays nous réserve de très belles surprises.

La Suisse
La traversée d’Ouest en Est de ce pays fut encore une aventure dépaysante, bien qu’on connaisse assez bien la Suisse. Un mois dans un pays où tout est bien organisé, les gens sont civilisés et les paysages sont grandioses. Entre les frigos à fromages en libre service et les Alpages fleuris, c’est toujours un grand plaisir de parcourir ces chemins.

Le Liechtenstein
Un pays qui se traverse en un peu plus d’une journée mais qui est tout aussi plaisant que la Suisse à parcourir. Le chemin parcouru est grandiose.

L’Autriche
C’est un pays plus complexe que la Suisse, ne serait-ce que par les interdiction de bivouaquer en pleine nature. L’itinéraire en Autriche comporte néanmoins quelques surprises et parcourt de jolies forêts où les champignons poussent par grappes. Nous n’avions jamais mangé autant de girolles et de cèpes !

L’Allemagne
Un court passage en Allemagne pour permettre de découvrir le Zugspitze, le plus haut sommet du pays ainsi que quelques jolies vallées, pour nous donner envie de revenir.

La Slovénie
Une traversée nord sud du pays, en passant dans le très joli parc du Triglav puis en parcourant de belles fôrets pour rejoindre Trieste.
