Comment filtrer l’eau en randonnée : guide pratique

En trek, le choix d’un système pour filtrer ou de stériliser l’eau devient vite essentiel, surtout lorsque les points de ravitaillement sont rares ou que la qualité de l’eau est incertaine. Car une eau claire en apparence ne garantit rien, sa contamination peut être multiple, d’origine animale ou humaine, et à la fois parasitaire, bactérienne ou virale. Et dans ces environnements isolés, une erreur peut rapidement mettre fin à l’aventure.

Sommaire

Les agents pathogènes à filtrer dans l’eau

Nous ne nous attarderons pas sur les conséquences de leur ingestion, mais une chose est sûre : on ne passe généralement pas de très bons moments en leur compagnie… diarrhées, crampes abdominales, flatulences, vomissements.

Il est important de retenir qu’une eau en apparence claire ne garantit rien. En randonnée, elle peut contenir différents types d’agents pathogènes, issus de contaminations animales ou humaines.

  • Les parasites sont les plus fréquents en milieu naturel. Présents notamment via les déjections animales, ils peuvent provoquer des troubles digestifs importants et durables.
  • Les bactéries, elles, se développent plus facilement dans des eaux stagnantes ou contaminées, et sont souvent responsables d’infections digestives aiguës.
  • Les virus, quant à eux, sont les plus petits des trois. Ils ont besoin d’un organisme vivant pour se multiplier, mais peuvent survivre dans l’eau suffisamment longtemps pour contaminer un nouvel hôte. Plus rares en pleine nature isolée, ils restent néanmoins plus difficiles à éliminer. Il y a peu de systèmes de filtrations qui permettent de filtrer les virus étant donné leur faible diamètre.

Une eau potable est donc une eau qui ne contient pas de micro-organismes nocifs pour la santé. C’est sur ce critère que les systèmes de filtration sont évalués.

Emporter ou ne pas emporter un dispositif pour filtrer l’eau ? Telle est la question

Avant de parler des différents systèmes de filtration qui existent, il faut souligner qu’il est parfois possible de s’en passer, mais il faut décider au cas par cas. Pour vous y retrouver, nous vous donnons un exemple.

Prenons le trek du GR20 comme cas pratique puisque ce magnifique trek en Corse n’est plus à présenter. Il y a actuellement plus de 30000 personnes par an qui effectuent cette grande randonnée et la tension sur l’eau potable est énorme. On vous invite pour saisir les enjeux à lire notre article critique sur le GR20 qui fait état de ses signes d’épuisements et qui parle notamment de la pollution des cours d’eau, mais aussi d’autres problématiques liées à la surfréquentation en montagne. Car c’est vers ce schéma que tend petit à petit notre activité.

Sur une préparation de GR20, emporter de quoi filtrer l’eau en été sur le GR20 dépend de la période à laquelle nous souhaitons le faire, et l’été, c’est indispensable si l’on veut réduire les risques à zero. Lorsque la sécheresse pointe le bout de son nez, les sources peuvent être contaminées (et sont quelques fois à l’origine d’épidémies). Cependant, pendant la demi-saison sur le GR20, nous avons décidé de ne prendre qu’une plaquette de pastille de chlore. En octobre la fréquentation diminue et l’humidité revient, ce qui réduit la tension et les risques sur la contamination des sources d’eau.

Les systèmes pour filtrer ou purifier l’eau

Plusieurs systèmes de filtration de l’eau existent aujourd’hui, et il n’est pas toujours simple de choisir. Cependant il est important de garder à l’esprit que les systèmes de filtration ou de purification d’eau servent juste à tuer ou retirer les microbes. Il peuvent également améliorer le goût, retirer quelques polluants chimiques et l’odeur si elle est couplée à du charbon actif.

Les pastilles de Chlore

Parmi les solutions les plus fiables et les plus accessibles, on retrouve les pastilles de chlore. Nous essayons toutefois d’en limiter l’usage, notamment en raison de l’impact qu’elles peuvent avoir sur la santé à long terme. Cependant, nous conseillons toujours d’en avoir quelques-une dans le sac. À savoir, que nous ne pouvons donc pas utiliser du chlore dans l’eau puis l’enlever par un système de filtration, à moins d’être doté d’un filtre à charbon actif.

L’ébullition et l’évaporation de l’eau

Aujourd’hui, aucun système de filtration portatif ne permet aujourd’hui de rendre l’eau de mer potable. Il existe cependant quelques astuces pour survivre si l’on n’a accès qu’à l’eau de mer, qui ne serviront pas directement dans les treks mais que nous évoquons par plaisir un peu plus bas.

Et oui, vous l’avez deviné, on est dans le domaine de l’ébullition ! Et avant de parler des méthodes de survie et de l’eau de mer, il faut préciser que c’est l’un des meilleurs moyens de rendre l’eau potable. L’eau douce, passée à ébullition pendant 3 minutes (1 minute au niveau de la mer, 3 à plus de 2000 mètres car la température d’ébullition est plus basse) garantit de ne plus avoir de microbes vivants. Donc lorsque l’on doit cuisiner, on privilégie l’usage d’une eau incertaine, on se sert directement dans les lacs ou les sources même sans trop de crainte. C’est l’idéal pour pour la cuisine ou les tisanes.

Côté pratique, cette technique peut remplacer la pastille de chlore pour remplir les gourdes à condition de veiller à avoir des contenants qui ne se déforment bien évidemment pas à la chaleur. On va mettre un peu plus de temps que les 30 minutes de la pastille de chlore pour avoir un litre d’eau fraîche !

Et pour l’eau de mer ?

Autant être clair et vous faire gagner du temps, cette technique ne sert pas en trek. On ne peut pas filtrer l’eau avec une membrane portable en itinérance mais uniquement par l’évaporation et ça prend du temps.

Pour ceux qui voudraient essayer autre chose, on a testé de cuire des pâtes dans l’eau de mer et c’est immangeable ! Il faudrait peut être la couper à l’eau claire, mais après avoir essayé, ça coupe franchement l’envie d’explorer l’idée plus en profondeur. Il semble plus sage de choisir de jeûner directement, où de manger les pâtes crues… (Les pâtes crues 3 minutes aux légumes ça passe, promis.)

Sans plus tarder, je ne conserve pas plus longtemps ce grand secret. On retrouve toujours la même recette sur les sites d’aventuriers. Il est possible de récupérer l’eau qu’on fait bouillir (ou laissée longtemps au soleil) via une surface qui canalise la condensation vers notre gourde. L’inconvénient, c’est qu’il faut avoir beaucoup de temps devant soi. Si on utilise le réchaud on aura de l’eau mais les pâtes seront crues pour le reste du trek, si on utilise l’énergie solaire, on sera très bronzé en attendant que la gourde se remplisse…

  • Placer de l’eau salée dans un grand récipient au soleil,
  • Au centre de celui ci, placer un deuxième récipient plus petit qui devra récupérer l’eau évaporée du plus grand.
  • Couvrir les deux avec du film plastique
  • Rajouter du poids sur le film pour que l’eau évaporée (grâce au soleil ou au réchaud) qui se condense sur le filtre soit recueilli dans le plus petit récipient au centre.

L‘utilisation des filtres à eau

Pour les systèmes de filtration, il existe de nombreuses « technologies » en fibre de verre, en fibre creuse, en céramique ou encore avec du charbon actif. Et c’est parfois difficile de savoir quoi choisir tant les performances, le champ d’application, la durée de vie ou le poids et l’encombrement varie. Au delà du choix du poids, certains filtres présentent surtout des plages de filtrations plus importantes que d’autres correspondant aux diamètres des agents pathogènes à filtrer, pouvant agir jusqu’au diamètre des virus, soit les plus petites particules biologiques néfastes qu’on veut traiter dans l’eau.

Donc les virus, doit-on penser à agir dessus ?

La plupart des filtres que l’on trouve dans le marché ne filtrent pas les virus. Lorsqu’on évoluera dans une zone avec un potentiel de contamination humaine élevée, il faudra agir dessus. Lorsqu’on se trouve dans une zone avec des villages en amont, avec une mauvaise gestion sanitaire, où avec un risque d’être au contact des eaux usées, il faut y penser. En Europe, il n’y a généralement pas de problème. Si l’on ne possède pas de filtre qui agit dessus, il est obligatoire d’ajouter un traitement (UV, chlore…).

Et donc le charbon actif ? ça sert à quoi ?

Le charbon actif est un élément présent dans certaines gammes de pompes filtrantes, il permet de réduire l’odeur, le goût et améliorer succinctement couleur de l’eau mais il agit aussi sur les produits chimiques ( les hydrocarbures chlorés et autres composés organiques volatils, l’iode, certains métaux lourds, les pesticides, les produits de désinfection, les résidus médicamenteux d’entretien et d’hygiène, les perturbateurs endocriniens…).

Les systèmes de stérilisation de l’eau aux UV et à l’ozone

Ce sont des systèmes permettant la purification de l’eau par UV ou par traitement à l’ozone qui sont efficaces contre les virus, les bactéries et les protozoaires, mais nécessitent de ne pas avoir une eau trouble. Il faut environ 1 à 3 minutes pour stériliser moins d’un litre d’eau et il faut veiller à ne pas tomber à court de batterie… On les retrouve sous forme de stylo a plonger dans le récipient ou directement intégré à la gourde.

La combinaison de systèmes pour filtrer ou purifier l’eau

On peut effectuer des combinaisons de systèmes de purification d’eau. Il est utile de comprendre quel est la plage d’utilisation et quels sont les inconvénients de chaque système. Ainsi, comme nous l’avons vu peu de systèmes balaient tout, et ceux qui le font sont extrêmement coûteux et plutôt lourds. Si vous n’envisagez pas des aventures régulières proche d’eaux très contaminées, vous pouvez opter pour un système de filtration qui parait cohérent avec votre pratique, que vous couplerez à un autre en cas de besoin.

Nos recommandations de matériel pour filtrer l’eau

  • Nous options pour les pastilles de Chlore. L’entreprise Micropur est une référence dans le domaine. Ne pas hésiter à s’en procurer quand elles sont disponibles car elles sont régulièrement en rupture de stock (à l’approche de la belle saison). On conseille de toujours les avoir dans le fond de sac.
  • Côté pompe, nous avons choisi la MSR Guardian, c’est une pompe qui agit même sur les virus avec un système autonettoyant qui permet de pomper l’eau la plus terreuse (un faible pourcentage de l’eau nettoie le filtre). Elle est un peu lourde, mais c’est notre compagnon au Maroc et dans les pays ou la situation sanitaire peut poser problème. Ne remplace pas les pastilles de Chlore dans le fond de sac, la mécanique, ça peut parfois tomber en panne
  • Pour la gourde filtrante, on recommande les souples, et la gourde simond fait parfaitement bien le travail. C’est notre ami lors de nos escapades dans les Alpes. Parfait pour filtrer bactéries et protozoaires. N’agit pas sur les virus.

C’est trois équipements qui couvrent quasi tout, mais à vous d’imaginer votre combo parfait selon votre besoin ! N’hésitez pas à nous faire remonter vos impressions d’utilisation sur le terrain. On pourrait très bien opter pour un filtre UV et une gourde filtrante…

Mises en garde sur les systèmes pour filtrer l’eau

  • Si vous décidez d’opter pour un système de filtration mécanique tel que des pompes, des filtres type pailles ou des stylos à UV pensez à prévoir une solution si votre système devient défaillant. Des pastilles chlorés peuvent être indispensables dans le fond du sac.
  • Le gel, une eau trop trouble peut interférer avec le bon usage du système de filtration, il faudra prendre les précautions qui dépendent du système que vous aurez choisi !
  • Veillez lors des manipulation de purification à ne pas contaminer des objets avec l’eau souillée.
  • Il faut évidemment ne pas imiter un autochtone qui boit de l’eau qui a développé un système immunitaire adapté à son environnement.

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